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Publié le par Mélie

Sur cette idée originale, plusieurs lettres (très certainement entre-coupées d'autres articles) vont se succéder.

 

 

 

 

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Cher Reflet,

Je n’aime pas vraiment te croiser, excepté les jours où tu es vêtue de ton plus beau sourire. Rarement. Celui que l’on arbore les jours où il ne peut rien nous arriver, ni à toi, ni à moi.
Tu navigues toujours entre deux eaux, entre deux extrêmes. Ni laide, ni belle, tout juste dans la moyenne. Banale. Tes cheveux ne sont ni bouclés ni lisses, ni blonds, ni bruns, tes yeux ni marrons, ni verts, ton teint ni pâle, ni hâlé. Tu es le reflet d’un corps qui n’est qu’indécision.
Dans la norme mais banale. Ennuyeuse, à mourir. Rien ne fait pencher la balance vers toi, jamais. Aucun grain de beauté, aucune fossette, aucun détail qui n’attire l’attention, qui permet de te différencier, d’ancrer ton visage dans le souvenir des autres. Tout juste une tâche de naissance qu’on ne voit jamais.
Mon reflet idéal c’était cette fille au teint pâle. Pâle mais pas diaphane, la pâleur de quelqu’un qui est en bonne santé et dont le corps entier appelle à la joie de vivre. Cette fille aux traits fins, aux lèvres rouges dont on ne peut détacher le regard une fois qu’il a osé s’y arrêter. Cette fille qui respire la féminité jusque dans sa démarche lorsqu’elle quitte les transports en commun, dont les cheveux longs obéissent à l’attraction terrestre à la perfection, contrairement aux tiens. Cette fille aux cheveux blonds. Pas un canon, une fille qui rentre dans le moule, juste une fille particulière, qui a ce quelque chose* qui te manque cruellement. Une fille qui n’a pas besoin de tricher, de se cacher derrière une couche épaisse de fond de teint couleur miel.
Et regarde toi avec ton mètre soixante-deux, tes cheveux que le vent désordonne si aisément, ta peau rougis par le froid, les quelques impuretés de ton jeune âge auxquelles ton visage n’échappe pas, ta démarche mal assurée lorsque tu essayes d’assumer ta féminité hésitante, du haut de talons de toute évidence trop hauts perchés pour toi. Ridicule.
Tu n’incites ni à fuir, ni à rester. Tu n’es que l’enveloppe inexpressive d’un cœur à recoller. Tu caches l’ampleur d’une souffrance dont tu ne parviens pas à nier tout à fait l’existence.
Ces derniers temps, tu ne souris même plus. Ne t’a-t-on jamais dit que la souffrance faisait peur ? Eh bien bravo, tu as réussi à nous isoler. Il n’y a plus que toi et moi désormais. Et si on apprenait à s’aimer ? Peut-être qu’on y gagnerait. Oui, voilà, tentons de faire la paix.


M.

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