"J'ai donné une chance à l'amour, et l'amour n'a pas voulu de moi."

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Que les choses soient claires, étant donné que c'est la première fois que je voyage aussi loin dans l'imaginaire
 (et je compte bien le refaire),
 je ne vois pas mon avenir ainsi, et je ne souhaite pas qu'il en prenne le chemin non plus.
Parfois j'ai une pensée qui me traverse l'esprit furtivement, et maintenant j'en fais des histoires.
 Je ne suis conséquemment pas ce personnage.






J’ai 29 ans. Ma vie est un désastre et je mange définitivement trop de chocolat.
Je passe mes journées à imaginer des campagnes du style « hémoglobines à profusion sur le macadam dans le but de faire prendre conscience à la population lambda des dangers de la route » et ma foi, je ne suis pas trop mal payée pour ça. Je suis à mi-chemin entre toutes mes ambitions de jeune fille un peu trop idéaliste, et pas assez dans la nuance.


Je suis mariée, ce qui fait de moi une privilégiée aux yeux des célibataires aigris qui s’assument, ou qui ne font rien pour le cacher. Je suis mariée, en effet. Avec mon meilleur ami. Le compteur de nos années de mariage que l’on laissait défiler pour plaisanter à la fac avait donc été officiellement remis à zéro il y a deux ans de cela, devant des mines réjouies qui « nous l’avaient bien dit ».
Etant passé à côté de la célébration de nos décennies respectives et n’ayant jamais eu de chance avec les grandes cérémonies d’une façon plus générale, autant vous dire que l’on a pris notre pied ce jour là.. J’ai même été jusqu’à prendre le mien dans un tapis de la Mairie. Il n’y avait pas plus innocent mariage (et fait de blanc) que le nôtre, et c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas risqué notre place au paradis en étalant cette mascarade devant les yeux d’un Dieu furieux.


Mon mari avait toujours été d’une nature plutôt individualiste, et mes échecs amoureux m’avaient obligée à le devenir. Nous étions donc fait pour être ensemble. Et vous ne pouvez sûrement pas imaginer à quel point cela nous a facilité la vie ! Nous avons enfin eu la possibilité de nous endetter pour les 30 années à venir afin d’acquérir la maison de nos rêves revus à la baisse (45 minutes de métro pour chacun, 3 pièces inutiles en moins, et une terrasse cruellement dénuée de verdure). Au quotidien les tâches se divisaient selon les compétences de chacun. Nous avions toujours fonctionné ainsi et c’est donc tout naturellement que je lui évitais les corvées de vaisselle lorsqu’il me sauvait des surgelés.


L’intimité de notre couple était sans nuage et se limitait au partage des toilettes et de la salle de bain. Les récits que l’on se faisait entre les coupures pub de Grey’s Anatomy chaque mercredi soir concernant nos conquêtes respectives suffisaient à alimenter la curiosité mal placée de certains de nos amis. On se connaissait depuis tellement longtemps que l’on aurait gagné le plus beau des voyages dans l’émission « les z’amours » fingers in the nose !..
Nos amis ne s’étonnaient en rien du manque de gestes tendres en leur présence qu’ils mettaient sur le compte de la pudeur et d’une certaine mauvaise foi de notre part.Concernant les enfants ? J’ai endossé la responsabilité, et la stérilité nécessaire à notre mensonge, après avoir perdu à la courte paille lors d’une soirée bien arrosée. J’ai d’ailleurs ce jour là fait le bonheur d’une de mes amies qui avait tenté de me prévenir dès l’apparition d’une blouse blanche dans sa garde-robe (oui notre entourage se pensait omniscient) : enchaîner les plaquettes de pilule en étant jeune est une pratique très risqué ! (la preuve ! avait-elle ajouté)


Notre seul plaisir égoïste - qui caractérise généralement si bien les couples - consistait à imaginer des mises en scène tordues et parfois un peu glauques qui avaient pour but de mettre mal à l’aise des amants un peu trop sûrs d’eux, et des maîtresses assez imbues de leur personne pour se croire capable de briser un ménage. Puisqu’il n’y avait absolument rien à briser, tous les coups étaient permis, et le nombre de « dîners de cons (et de connes) » que l’on avait organisé commençait sérieusement à s’élèver.
Je n’avais jamais compris l’engouement que certains pouvaient avoir pour notre couple qui n’était pourtant fait que d’amitié depuis le temps des dictées. Pourquoi cela excitait tant les gens de nous imaginer nous ébattre ? C’était la seule barrière éternellement infranchissable entre nous puisqu’on savait tous les deux que notre complicité ne méritait pas d'être jouée pour un hypothètique plaisir très éphémère et qu'elle en ressortirait nécessairement abîmée.


 

 



La véritable histoire de notre mariage était aussi ridicule que son origine. Excédés l’un comme l’autre par un rapport espace / prix absolument révoltant de la part de nos appartements, l’idée de la colocation refit furtivement surface dans nos esprits. Etre plus, pour avoir plus. (c’est un certain petit président de la Vème République plutôt ridicule qui serait content !). Seulement à notre âge, l’idée semblerait saugrenue, tant aux yeux des banquiers que de notre entourage « qui n’était pas dupe ».



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