Le monde d'Emo.
Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'une pratique que j'apprends à apprivoiser, petit à petit, été après été.
Je sais ce que vous pensez... "on sait même pas qui c'est !" Eh bien sachez que me présenter m'ennuie, et en temps que procrastineuse qui se respecte, je remets cette tâche à plus tard. Si le désordre vous dérange, il ne tient qu'à vous d'aller voir ailleurs si j'y suis. [ et en effet, sachez que j'y suis.] D'ailleurs, autant que je vous le confesse dès à présent : faire les choses dans le désordre fait partie intègrante de ma personnalité. Matrix et le Seigneur des Anneaux en sont les témoins.
So, reprenons, today is gonna be the day où je parlerai de la lecture.
J'ai envie de vous parler de ce monde où je m’enferme pour oublier mes soucis, que certaines pages me renvoient parfois avec violence. De ce monde où les héroïnes semblent nous dire, quelques fois le plus discrètement possible, "tu vois, moi aussi je souffre..".
De toute évidence, les romans ont une vertue thérapeutique, d'une façon ou d'une autre.
Ils sont l'aboutissement d'un travail souvent fastidieux et peut-être libérateur pour l'auteur, et possiblement un message d'espoir pour son lecteur.
Il suffit "juste" d'enlever la dimension fictive aux personnages pour que le placebo soit efficace.. Pour ma part, la constatation de la non-existence de ma jumelle de papier me renvoit souvent dans le creux de la mauvaise vague qui loge au fond de mon esprit (si toutefois cette chose a un fond). Lorsque je me raccroche aux mots, épuisée et avec l’esprit chamboulé de ceux qui lisent sans associer les idées, sans comprendre ce qui se joue alors que que leurs yeux continuent de parcourir les lettres avec la même cadence, il est déjà trop tard car le charme est rompu. Je me retrouve ejectée de l'histoire que je suis en train d'épier, back in the real world. Oui, même si je ne devrais pas le dire, je suis une espionne. Je me délecte des petits défauts de mes victimes, compose avec leurs habitudes, apprivoise leur environnement, m'attriste parfois de leurs malheurs, fouille dans leur passé et m'approprie leurs rêves, si toutefois l'auteur me le permet. Une espionne vous dis-je mais discrète cependant. Je suis dans une bulle où personne ne me voit ou ne m'entend. Ma présence est indétectable et je deviens par ce fait impuissante. Simon ne restera pas avec Ruth aussi virulentes que soient mes contestations, Edward laissera Bella pleurer pendant de longs mois alors qu’elle est tout pour lui et que la réciproque est vraie même si je lui chuchote discrètement que je sais qu’il a tort…Quand bien même je lui prouverais par A+B qu'il est dans le faux, Frédéric Beigbeder restera persuadé que l'amour ne dure que trois ans. Dom Juan finira englouti dans la statue du commandeur malgré mes mises en garde contre ses agissements. Le destin de tous est scellé, et c'est ainsi qu'on m'ôte tout pouvoir mais surtout toute responsabilité.
Si une histoire foire ce n’est pas de ma faute, et personne ne devra m’être reconnaissant jusqu’à la fin de ses jours pour le bonheur auquel j’aurais maigrement contribué. Je, qu'il soit un autre ou non, n’existe plus.
D'un point de vue plus général, lire peut devenir douloureux. On peut s'immiscer dans autant de quotidiens que l'on souhaite, ils ne combleront pas la vacuité du nôtre. Et puis lire dans un lieu public (ce que je pratique avec beaucoup de plaisir), c’est comme se promener avec un post-it permanent sur le front « don’t disturb », c’est se mettre volontairement hors ligne pour les autres. Il est évident qu'un individu avec un livre dans les mains n’a besoin de personne, et il n’y a que les contrôleurs de la SNCF qui sont assez prétentieux pour penser le contraire.
La seule chose que je regrette tout de même est mon manque de rigueur. J'abandonne parfois lâchement un personnage auquel je me suis pourtant attachée et le renvoit à sa condition de prisonnier de pages. J'estime alors que je n'ai plus de temps à leur consacrer, et délaisse les aventures de mes amis de passage au profit des miennes je suppose. J'ai des remords parfois mais pensez-vous que je m'accorde une pause pour autant ?
Je laisse le mot de la fin à Danniel Pennac, car je ne saurais mieux le dire...
"L'homme construit des maisons parce qu'il est vivant, mais il écrit des livres parce qu'il se sait mortel. Il habite en bande parce qu'il est grégaire, mais il lit parce qu'il se sait seul."
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